Au large, l’ombre lie

OMBRESAu large, l’ombre lie mes vœux mes vagues à mes rêves d’oreilles collées au mur, rien qu’un murmure, entendre descendre par la cheminée un bout de moi par la voix d’un autre comme une offrande à réchauffer mes charnières, collé à la cheminée collée au mur mon tympan tapis s’acharne sur la houle décoiffant ce vide que bientôt peut-être une langue viendra laper, ne pas décoller encore attendre que ça perce quelque part un jet de mots à mon adresse, ramasser bras et jambes vers l’oreille, tout coller vers le concentré, s’en remette au mur qui saura confier tout ce qui parle dans les racines de l’ombre, et un seul mouvement, le respirer, pour que ça tienne le coup le tout collé sur le mur, ça viendra le son, au moment voulu ça giclera vers le tympan les bras les jambes et tout le collé, il y a toujours quelqu’un prêt à parler derrière un mur, ça viendra la confidence le ragot le cri, on a toujours un bout de soi caché dans la glotte d’un autre.

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Nuit vibration à corps transe

Nuit vibration à corps transe, sentir la viscosité de mon cerveau, le relief de chacun de mes nerfs et de ce qui tranche avec le jour, sentir le sommeil des autres et veiller sur leurs peaux jusqu’à ce que vie s’ensuive, entrevoir le jour plutôt que d’en être aveuglé, nuit vibration, accepter l’éveil renouvelé à chaque instant, refouler ce sommeil imposé par le jour, corps transe, recevoir le sursaut d’un muscle juste au coin d’une paupière, profiter des largesses d’une lumière artificielle qui obéit au doigt et à l’œil, nuit vibration, suspendre le temps comme un linge humide et souffler dessus pour aérer ses fibres, ne plus rien savoir, ne faire que sentir, ne marcher qu’avec les doigts, tout habillé de calme et de silence ne plus tenir par un fil mais par mille cordes qui vibrent au moindre souffle de la pensée, nuit vibration, l’accord tranche avec les bémols de la journée, les dièses brillent au plafond, le possible est à portée de dents, le rêve s’invite dans chaque mot frappé, les jambes se désencombrent de tout un attirail de vélocité, les bras deviennent les membres porteurs de tout un corps voué à la transe d’une nuit vibration.

j’ai neigé dans ton ventre quelques millions d’années

mon sexe si fort prisonnier de ta main
Qui lui prouve encore qu’il ne résiste à rien

ce vaurien dérivant
Que tu rends singulier écorçant son espar

sans un mot
de ta bouche

tu l’as encore pillé

Du sud au nord j’ai redressé un peu,
plié le drap en vergue et le vent comme il tient,

Quand

enjambant le silence il pleure encore ta salive

quand

verge haute et bras déployés

j’ai neigé dans ton ventre quelques millions d’années

pour que ça dure

Déraciner ces baisers ancrés sur tes lèvres et en planter un tout neuf pour que ça dure, mordre tes tympans de mots si surprenants qu’ils épuisent ta fatigue pour que ça dure vraiment, démembrer chacun de tes rêves et trouver la place que tu m’y accordes pour que ça dure vraiment beaucoup, ne plus savoir où te perdre et te trouver tout le temps partout même les murs défoncés et les portes grandes ouvertes pour que ça dure vraiment beaucoup dans les courants d’air, ne pas oublier d’éteindre le feu au baisser des paupières afin d’en aviver un chaque matin avec nos étincelles pour que ça dure vraiment beaucoup dans les courants d’air la braise, ne plus penser en toi mais penser en nous pour que ça dure vraiment beaucoup dans les courants d’air la braise quand nous nous parcourons.

Tu as passé entre moi…

Tu as passé entre moi… en battant tes ailes dans mon nébuleux, tu as choisi ma posture… tu m’as laissé le loisir de ne plus choisir… le brouillard et les murs, tu m’as conduit à tout prendre… j’aperçois maintenant la moindre lumière qui luit dans tes ombres… et quand le jour éclate et que tu disparais, dans le nébuleux de tes ailes je bats ma posture pour apprendre à vivre… sous le soleil aveuglant, j’entends encore tes pennes déployées… et même cette fanfare du diurne ne me fera oublier que tu reviens chaque soir juste passer entre moi pour m’apprendre à te vivre…

Il n’y a plus de noir

Il n’y a plus de noir, il n’y a que la lumière pour assouvir ma soif, il n’y a plus de droites, il n’y a que des courbes pour conduire mes mains, il n’y a plus de paupières, il n’y a que persiennes pour assouvir mon noir, je les tire quand je veux, personne ne me dira plus quand je dois les tomber pour assouvir ses peines mais je serai ouvert comme un rafraichissant éventail, il n’y a que le clair pour me servir de chemin, il n’y a plus rien à faire pour me sombrer dans le sombre, car si je te vois, c’est que la lumière t’enrobe, et la poésie c’est assembler, assembler tes ramures éclairées, la poésie c’est TE reconstituer, et puis la poésie c’est surtout… surtout… la restitution, l’essence de l’acte poétique est là:
la res-ti-tu-tion !
alors je res-ti-tue !
à toi… et toi… et toi…
je TE restitue.
Nous ne sommes que lumière.

jaune_rougeRothko

Joë Fernandez

La plage. Ce lieu en équilibre entre la terre ferme et la mer mouvante, ce lieu où les corps vacants, débarrassés de leur bleu de travail, déshabillés de leur fonctionnalité, prennent le temps de se suspendre à la pensée des autres.
Joë Fernandez, en choisissant le papier kraft, fusionne la couleur chair des corps avec celle du sable. En quelques lignes souples tracées à la pointe fine d’un feutre, il nous propose des instantanés de scénettes dans un paysage à la solitude toute quotidienne animée de pois, rayures et autres motifs semblables les uns aux autres. Mais ces scénettes dépassent les frontières de la plage, elles deviennent universelles. Nous nous prenons à penser à la place des personnages. Nous nous prenons à penser à la place de ces objets. Comme ce « brise-vent 3 », dont seul le vent fait claquer la solitude. L’absence de l’Homme alors ne fait que renforcer sa présence, il émerge de tous les coins du kraft. Cet objet humain gonflé de solitude nous renvoie, encore une fois, à des histoires d’Hommes.
Parce que Joë Fernandez, d’un coup de feutre, nous raconte mille histoires : histoires d’objets suspendus aux corps ; histoires de corps suspendus aux Hommes ; histoires de votre regard suspendu à une image.
La série La plage parle de chacun de nous : un équilibre entre terre ferme et mer mouvante.

A voir absolument!

La Plage

Prends la forme

Prends la forme qu’il faut pour aller partout, juste partout, à chaque endroit qui grince, qui frotte comme il ne faut pas, juste dans la non zone, dans le palais du naître, juste où ta langue va claquer pour dire le mot juste, juste où il ne faut pas mettre un pied devant l’autre, où les vers ne sont libres que de se taire, à l’endroit exact d’où le giclé se reforme, d’où le fusé repart pour de nouvelles aventures, juste là où ça craque quand ta chaise s’alourdit, prends juste la forme qu’il faut pour aller partout, juste cet endroit où les couleurs remplacent toute autre forme de vie, cette vie dont tu rassembles les éclats, juste un moment pour voir ce que ça donne dans le blanc, et pour voir aussi comment ça marche le blanc, et pour ça tu prends juste la forme et le temps qu’il faut pour aller nulle part, et ton œil qui cherche à poser son regard, ce regard qui devient multiple, comme ces herbes folles qui poussent parmi celles qui ne le sont pas, prends juste le temps d’aller beaucoup partout.

Cette pomme

Cette pomme que je pèlerai juste avant le flétrir, je n’en mangerai que la peau, la chair sera pour toi, tu n’auras que le tendre pour affûter tes dents, et les doigts dans le tendre tu la feras tourner toute cette chair tendue vers moi, tu la feras tourner dans ton palais juste avant le flétrir, tu iras de cratère en cratère jusqu’à l’ultime fêlure, avant que d’atteindre le nid des pépins tout bordé de sucs que tes lèvres caressent, juste avant la sècheresse ta bouche se tendra, toute cette chair avançant vers la mienne, et pour assouvir ma soif je n’aurai que tes lèvres.

J’avais décidé

J’avais décidé de vous parler de tout, des êtres, des choses, des placards et du vent, de tout ce qui fait que l’on fait des enfants, juste vous parler de la totalité du monde, et des monstres cachés sous les lits des enfants, de tout ce qui fait que l’on devient parent ce jour où les nôtres s’en vont tout à fait, j’avais décidé de vous parler de tout ça, du mouvement de la terre, des fleuves et des bras, des montres cachées sous le lit des parents, rien que pour vous dire qu’on en a plein la bouche de ces mots si simples que l’on dit en s’aimant de jour et de nuit rien que pour donner les pleins pouvoirs aux sens, pour se déshabiller de nos pensées réflexives, pour oublier un temps nos savoirs, nos cultures, j’avais décidé de vous parler de tout, de tout ce qui navigue entre moi et vos yeux, juste pour vous dire que quand nos langues s’emmêlent il n’y a plus rien qui ne compte à mes yeux.